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Prescriptions techniques des installations de recyclage d’eau de pluie de toiture pour leur conformité à la qualité "eau de baignade"  et au "label eau de pluie"

Parce que le terme de recyclage suppose une conception technique capable de produire une eau d'une qualité suffisante pour être utilisable, il est plus adapté que celui de récupération, qui sous-entend qu'aucune action spécifique de mise en oeuvre n'est nécessaire. Pour cette raison, c'est bien par recyclage et non pas par récupération que l'on devrait désigner ces techniques contemporaines, soucieuses de la qualité des eaux produites et de la qualité écologique de leurs installations.

Parce que le terme de citerne est celui qui désignait traditionnellement les lieux où l'on stockait les eaux pluviales pour qu'elles conservent leur qualité au fil du temps, c'est par ce teme que l'on devrait désigner la partie stockage de la chaîne du recyclage, et non par celui de cuve ou de bâche...
Recycler les eaux pluviales est un moyen efficace de préservation de la ressource en eau pour deux raisons :
- l’eau recyclée se substitue à de l’eau potable pour des usages qui ne la nécessitent pas : industriels, extérieurs, et intérieurs pour certains
- elle économise le plus souvent le rejet de son volume au réseau : l'eau usée consommée l'aurait de toutes façons été, l'eau pluviale est le plus souvent également rejetée au réseau unitaire (à 90% après sortie de la parcelle)

Le recyclage fait donc partie des techniques qui contribuent à une gestion durable des eaux pluviales et au "label eau de pluie".

Un arrêté du 4 mai 2007, paru au JORF du 5 mai 2007, NOR DEVO0752553A, « pris pour l’application de l’article 200 quater du code général des impôts relatif aux dépenses d’équipement de l’habitation principale... » spécifie certaines prescriptions techniques pour les installations de récupération d'eau pluviale.
L'arrêté du 21 août 2008 précise davantage ces prescriptions techniques.
L’Allemagne est le pays européen qui s’est le plus investi dans le développement de cette technique. Quatre normes DIN ont été éditées sur le recyclage d’eau pluviale de toiture, correspondant aux quatre étapes de la collecte, filtration, stockage et distribution.
Les qualités d’eau visées par ces normes sont celles de la norme européenne « eau de baignade », retranscrite en droit français par le décret n° 81-324 du 7 avril 1981, relatif aux « Normes d’hygiène et de sécurité applicables aux piscines et aux baignades aménagées ».
Des matériels spécifiques ont été développées par les entreprises allemandes pour respecter ces normes. Ces matériels (filtres, accessoires, citernes, configuration générale) ont été testés, sur des milliers d'exemplaires, en vérifiant que l'eau produite par ces recyclages avaient une qualité conforme à la norme européenne "eau de baignade".
L'eau recyclée ne devrait pas être colorée, et en particulier pas lorsqu'elle est utilisée dans les chasses d'eau. Cette coloration n'est tout d'abord pas un geste très écologique. De plus quoiqu'il en soit, l'eau qui est dans les toilettes n'est jamais potable, même si elle provient du réseau municipal, il n'est jamais conseillé de la boire une fois qu'elle est passée par là.

A priori, l'eau recyclée selon les prescriptions "label eau de pluie" a une qualité bactériologique qui ne la rend pas contaminante pour l'homme, si aucun élément étranger n'interfère dans le process. La raison pour laquelle l'eau pluviale recyclée n'est pas potable est son manque de minéraux, qui la rend légèrement agressive (oxydante) pour les muqueuses, et provoque éventuellement un dérangement gastrique passager. Son contact avec le béton la minéralise, plus ou moins selon son temps de séjour, la configuration de l'instalation : mais attention les ciments ne sont généralement pas des produits de type alimentaire.  
 

Détails sur les composants des installations de recyclage 

Collecte
Filtration
Stockage
Distribution
Entretien
Dimensionnement

Usages
Label eau de pluie

 Collecte

L’eau de pluie est garantie recyclable sans procédé de désinfection bactériologique si elle provient exclusivement des toitures et terrasses non accessibles. Les eaux pluviales issues du ruissellement au sol ne sont pas dans ce cas.

La compatibilité de la nature de la toiture avec certains usages est à étudier. Une toiture en cuivre peut apporter certaines réserves sur l'usage de l'eau recyclée pour l'arrosage d'un jardin de culture. La couverture de ces toitures peut être une étanchéité bituminée, ou végétalisée, même si dans ces différents cas l’eau aura une légère coloration, et ne sera par exemple pas utilisable pour des lave-linge, alors que l’eau recyclée a fréquemment cet usage dans le logement en Europe du Nord.

 

Filtration

La filtration avant citerne est obligatoire pour éliminer les matières biologiques contenues dans les eaux collectées avant leur stockage. Cette filtration doit se faire par des filtres uniquement mécaniques, n’utilisant pas de consommables, ni de produits chimiques :

-    soit par passage à travers une parois perforée verticale, positionnée au-dessus d’une zone de décantation : cette plaque perforée verticale doit être en inox, de maillage inférieur à 0,6 mm

-  soit par effet vortex et centrifugation, ce qui permet de séparer l’eau des impuretés par leurs différences de capillarité : les impuretés s’évacuent alors par le bas du filtre, l’eau recyclée est dirigée dans son trajet centrifuge vers la citerne

Les filtres à charbons actifs et autres filtres adaptés à la filtration des eaux potables ou des eaux de piscine chlorées ne sont pas adaptés aux eaux pluviales.

Le ou les filtres doivent être dimensionnés de manière à supporter un débit compatible avec les pluies les plus importantes pour ne pas provoquer trop de pertes d’eau. Chacun doit être équipé d’un trop-plein évacuant les eaux excédentaires, soit vers le réseau, soit vers des espaces végétalisés, et conformément aux règlements en vigueur. Si le trop-plein de la citerne peut se rejeter dans les parties végétales du site, si celles-ci peuvent infiltrer les quantités d’eau émises, alors le recyclage contribue encore mieux à la rétention sur la parcelle.

 

Stockage

La citerne de stockage doit satisfaire aux conditions suivantes :

-  Avoir un fond plat, pour que les dépôts de décantation restent au fond et ne soient pas puisés 
-
Avoir une hauteur utile en eau minimale supérieure ou égale à 1,80 m dès que le volume est supérieur à 10 m3
-
Etre de préférence en maçonnerie, coulée en place ou préfabriquée, et en béton armé : les matières synthétiques permettent moins facilement au biofilm qui se dépose dessus de s'oxygéner, et de plus elles diffusent dans l'eau des produits à faible teneur mais de type toxique ; signalons également que les citernes en matière synthétique ne sont pas résistantes aux variations de remplissage à terme. Le recouvrement des maçonneries par une couche d’étanchéité intérieure est à proscrire, car il empêche le contact direct de la masse d’eau avec le béton, qui neutralise l’acidité de l’eau de pluie et permet au biofilm de se fixer. Précisons que l’arrêté spécifié ci-dessus oblige à une étanchéité, sans préciser exactement de quel type d’étanchéité.
-  Etre en position enterrée, la plus favorable car elle maintient l’eau à une température fraîche et relativement stable
- Disposer d'entrées et de sorties diamétralement opposées en cas de section circulaire, ou sur des faces opposées en cas de section rectangulaire, pour une bonne oxygénation de l’eau dans l’ensemble de la citerne
-  Que l'eau soit dans l'obscurité quasi totale
-   Qu'il existe une aération, protégée par une grille antirongeurs   

L’arrivée d’eau soit se faire de manière à :

- permettre la répartition de l’eau de pluie fraîche saturée d’oxygène dans l’ensemble de la masse d’eau déjà présente, sans laisser de zones d’eau non régénérées
- ne pas déranger le biofilm qui se constitue à la surface de l’eau dans la citerne

Une conduite arrivant en fond de citerne, par une canalisation recourbée vers le haut, est la bonne configuration.

 

Distribution

La distribution d’eau recyclée à partir du stockage se fait par :

-      Pompage immergé en inox, le moins énergivore, pour des hauteurs de distribution R+1 et inférieur à 50 m de distance

-   Puisage d’eau à partir d’une crépine flottante et lestée, pour qu’il s’effectue à 10 ou 20 cm sous la surface de l’eau, de manière calme pour ne pas déranger le biofilm de surface

-       Complément d’eau potable éventuel à partir d’un bac de disconnexion (type AA, Norme EN 1717)

Les matériels WISY et Mall sont compatibles avec ces prescriptions concernant la filtration, le stockage et la distribution.


Entretien

Dans la norme DIN, la citerne ne doit pas être vidangée plus que tous les 10 ans, pour laisser un biofilm se développer en surface, ce biofilm permettant l’épuration de l’eau dans la citerne au fil du temps, et la minéralisation des matières biologiques éventuelles. 

Dans ces conditions techniques, l’eau recyclée ne nécessite pas de traitement désinfectant. Les ajouts de produits chimiques sont proscrits. Ils attaqueraient en effet le biofilm formé à la surface de l’eau.

 

Dimensionnement du stockage

La pluie est par essence aléatoire, et irrégulière. Les données pluviométriques nous donnent des moyennes sur trente ans et masquent ces irrégularités.

Il est donc important que le stockage puisse se remplir confortablement.

Le principe de son dimensionnement doit se régler à partir :

-       des données pluviométriques locales

-       de la surface de toiture

Le rythme et l’importance relative de la consommation des usages ont un impact sur le dimensionnement.

Usuellement, on rapproche 3 semaines de ressources moyennes, de 3 semaines d’usages. Le volume de la citerne doit correspondre à au moins 3 semaines de ressources moyennes, mais peut aussi être calé sur la pluie décennale de la toiture. Le coût d’investissement du m3 de stockage diminuant fortement avec leur nombre, il peut en effet être très intéressant de prévoir un volume supérieur à ces 3 semaines de ressources pour optimiser l’efficacité de la collecte, et contribuer plus efficacement à la rétention de la pluie décennale.

Il faut aussi remarquer que plus les usages sont importants relativement à la ressource, plus la citerne est vite disponible...

Les données pluviométriques mensuelles moyennes sont données par département sur le site www.meteo.fr.  Elles peuvent différer notablement d’un point à l’autre dans un même département, notamment en cas de différence d’altitude mais également de présence végétale et d'exposition au vent.

 

 Usages

Les usages qu’il est possible de couvrir avec cette qualité d’eau sont étendus.

Pour le lavage du linge, certaines conditions doivent éventuellement être ajoutées : il ne s’agit pas à proprement parler de préoccupations sanitaires mais de dispositions visant à éviter toute coloration de l'eau (ce qui exclurait selon nos informations, l’eau provenant des toitures végétalisées, ou recouvertes d’une étanchéité à base de bitumes). 

L’eau de pluie recyclée est particulièrement favorable aux usages de lavage, car étant moins calcaire que l’eau du réseau public, elle nécessite moins de produits détergents, détartrants, et assouplissants.

 

Label eau de pluie

Les présentes prescriptions ne constituent pas un texte réglementaire ni une garantie juridique quelconque. Elles sont seulement destinées à aider les concepteurs, réalisateurs et maîtres d’ouvrage des installations de recyclage d’eau de pluie de toiture à obtenir une bonne qualité d’eau. 

L'entretien des matériels prescrits est minimal. Il est a priori garanti en effet que le respect de l’ensemble de ces conditions permet d’éviter les dégagements d’odeurs, la naissance de bactéries pathogènes, la génération de dépôts excessifs ou problématiques.

 

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